Septembre 2025

Septembre, c’est le moment où j’ai commencé à tout noter. Pas par discipline, mais par nécessité. J’avais besoin de garder une trace, de comprendre ce que je faisais vraiment, pendant que le projet prenait forme.
À ce stade, rien n’est encore clair. Je sais seulement que je veux avancer, et que si je ne note rien, tout se mélange trop vite.
Ce mois-là, je reçois des échantillons provenant de stocks dormants de maisons de luxe. Je prends le temps de les toucher, de les regarder tomber, de les comparer. J’en sélectionne plusieurs pour la première collection commerciale. Ils viennent d’Italie et du Japon. Ces pays me parlent. Ils évoquent un certain rapport à la matière, au détail, à la rigueur.
Les tombés sont très différents, et cette différence m’inspire une idée simple : proposer une même tenue dans deux tissus distincts. Deux lectures possibles. Deux sensibilités. Rien n’est figé, mais ça commence à ressembler à quelque chose.

En couture, je m’attaque à la chemise café au lait. Et très vite, ça se complique. Le tissu est un taffetas magnifique, mais impossible à dompter. Il ne reste jamais lisse. Un mouvement, et tout se froisse. Les aiguilles glissent, rien ne tient vraiment en place.
Je m’énerve. Vraiment. J’ai même failli tout déchirer, plusieurs fois. Je me demande pourquoi j’ai choisi ce tissu. Puis je continue quand même. Parce que c’est aussi pour ça que je suis là : apprendre dans la difficulté.
À l’inverse, la fabrication du bermuda nougat se passe sans accroc. Tout fonctionne. C’est fluide. Ça fait du bien de noter que parfois, les choses se déroulent simplement.
Je commence aussi à préparer la suite de Fragment. J’imprime le patron, je découpe, j’assemble les feuilles A4 au scotch. Et c’est seulement une fois le patron terminé que je me rends compte que l’imprimante était mal paramétrée.
Tout est faux. Tout est à refaire. Moment de découragement net. Je respire, et je recommence.

Côté image, je fais mes premiers shootings tissus à la maison. Le manque de place devient vite un problème. Il faut déplacer les meubles, improviser. J’apprends à utiliser l’appareil photo, à comprendre les lumières. Les premiers résultats sont catastrophiques.
Je dois tout ranger avant que ma chérie ne rentre du travail. Je ne mange pas le midi, faute de temps. À seize heures, je pars travailler au café. Le soir, je rentre épuisé. Mais malgré la fatigue, j’ai la sensation d’avoir avancé, même un peu.
Je commande aussi des fonds photographiques 80×60 sur une plateforme asiatique. Mauvais choix. Ils arrivent en rouleaux, impossibles à mettre à plat, impossibles à ranger correctement. Je ne sais toujours pas quoi en faire. Une erreur de plus, que je note pour la suite.
Je tourne également des vidéos pour le bob chocolat. Rien ne se passe comme prévu. Installation bancale, conditions compliquées. Une journée entière pour produire un clip de neuf secondes, qui ne fonctionnera probablement pas plus que ça. Frustration pure.
En parallèle, je prépare le dossier du site web pour Clément. Je réalise des maquettes avec une idée claire : du sobre. Je ne maîtrise pas l’informatique, mais on se comprend bien. Le travail est simple, fluide. Ça fait du bien d’avoir un échange clair.
J’échange aussi avec un atelier à Lyon sur les détails de la première collection. Ils sont professionnels, le courant passe bien. Mais très vite, la réalité financière s’impose. Une maille française est hors de portée pour ce projet. Je réfléchis à d’autres options. À chaque fois, la même sensation : avancer, mais avec une marge très fine.
Et puis, il y a une rencontre. J’ai fait la rencontre d’Anthony à mon travail. Il travaille juste en face du café. On se parlait sans vraiment parler de nos projets. Un jour, la discussion est différente. Il me dit qu’il aimerait faire modèle. Et il pourrait clairement convenir.
C’est étrange de réaliser qu’il était là, à quelques mètres de moi, depuis tout ce temps.
Enfin, je commence à contacter les banques pour les prêts. L’expert-comptable finalise le dossier. Les organismes locaux aussi. Contre toute attente, je me sens plutôt confiant.
Je suis fatigué. Fatigué de jongler entre la couture des prototypes, le travail au café le soir, et la préparation de la future collection. Mais malgré cette fatigue, j’ai le sentiment d’être exactement là où je dois être.
Septembre ne pose aucune certitude. Mais il marque un début. Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Jérémy
